Villeroy, reine du bruit et de l’ennui

Le quartier des Salins est en construction et les travaux ont commencé depuis déjà 2013
© Marguerite de Becdelièvre

La pointe sud de Sète et ses résidences quasi similaires constituent le quartier le plus récent de la ville, mais aussi le moins vivant hors des périodes de vacances scolaires. Non loin de là, un peu plus au nord, se construit actuellement Les Salins. Si quelques résidences sont déjà sorties de terre, des machines s’activent toujours afin de construire l’éco-quartier de demain. Vaste chantier…

Ah Villeroy… sa plage de sable fin, ses résidences en bord de mer et aussi ses salins… Sur le papier, rien à dire. L’envie de découvrir est bien présente. A l’arrêt de bus Ifremer, situé sur l’avenue Jean-Monnet, porte d’entrée principale du quartier, commence ce qui doit s’apparenter, à une agréable balade.

L’entrée, par la rue de Ponant, rend compte de la pâleur de ce quartier résidentiel, réservé, selon toute vraisemblance, aux touristes et vacanciers. Calme. Trop. Dans les rues, pas un chat et les rares personnes croisées se dirigent plutôt en direction de la plus grande plage de Sète. Au coeur du quartier, des habitations immenses, aux formes identiques : les coupes sont droites. Sans accroc. Sauf une, peut-être, qui sort un peu du lot avec sa terrasse aux mosaïques bleues. Les volets sont fermés, les garages vides et les portails bel et bien scellés. Pas de commerce. Ou alors, s’il y en a, il faut sûrement être du coin pour les trouver. Une voix enfin se fait entendre. Des Anglais… En plein mois de mai. Le message est clair : on n’y habite que très peu à l’année.

Ces trois résidences décorent le front de mer © Marguerite de Becdelièvre

Un groupe de quatre retraités, tous voisins, discutent non loin de l’agence immobilière qui longe l’avenue Jean-Monnet. Leurs appartements donnent sur la mer. « J’habite à Nîmes, mais je viens ici pour me reposer. Mais dès qu’il y a du monde, je fuis. Vous auriez vu la foule lors du week-end de l’Ascension. C’est insupportable. On est mieux dans notre jardin », explique l’une d’entre elles. Alors, si même les habitués prennent la fuite…

Vue d’en bas, Villeroy, le quartier le plus récent de Sète, ne séduit pas. Alors, pourquoi ne pas prendre un peu de hauteur… Et vue du ciel, il y a de quoi tomber d’encore plus haut. Les piscines envahissent les jardins d’une bonne partie des résidences. De quoi sûrement accueillir au mieux, en plein été, les touristes fanas de ce genre de lieux sans âme, à l’originalité bien cachée.

Beaucoup de bruit pour rien

Dans le quartier des Salins, seuls quelques promeneurs s’aventurent © Marguerite de Becdelièvre

Alors, sans hésiter, direction la Route des quatre chansons, qui longe les marais salants. « Prenez à droite », indique le GPS. Premier coup d’œil et premier plongeon – amer – aux Salins, un nouveau quartier en plein aménagement censé accueillir 500 logements dont 20 % de sociaux, un groupe scolaire et des commerces.

A l’horizon, une grue. Une deuxième. Des immeubles en construction. Surtout, du bruit. Beaucoup. Trop. Au loin, un nuage de poussière vient chatouiller le haut des résidences en construction ou déjà sorties de terre… Mais il faut y aller. Même si c’est à reculons. Là, un couple de retraités marche. « Dépêche-toi ! », lance l’homme au t-shirt bleu à son chien. Même lui n’a pas envie. Un bâtiment maronnasse, gigantesque et hyper moderne, orne le côté gauche de la rue. L’authenticité ? C’est sûrement derrière cet immense appart’hôtel. D’ailleurs, qui aurait envie de venir en vacances ici ?

Apparemment, ceux qui ont tenté n’ont pas apprécié et Tripadvisor en dit un peu plus sur ce qu’est un séjour là-bas. « Un cauchemar à fuir », s’agace Christian, qui décrit ensuite « un enfer avec des travaux sous vos fenêtres, vu que ça construit plein pot autour de la résidence ».

Les marais salissants

Jusqu’en 1960, les salins de Villeroy étaient exploités et entretenus par les sauniers qui y produisaient le sel de manière ancestrale. Aujourd’hui, ils sont le havre de paix des oiseaux, flamand-roses et de diverses végétations. C’est vrai que ça fait du bien, un peu de calme, de verdure, dans ce quartier si bruyant. C’est d’ailleurs ici que Jean-Michel, 57 ans, vient se ressourcer. Ce Lyonnais d’origine vient à Sète depuis une dizaine d’années mais a acheté aux Salins l’année dernière. Le bruit ? Le pêcheur occasionnel vient généralement le week-end, alors, il n’est que très peu au fait de cette gêne. Mais il reconnaît que pour ceux qui habiteront juste en face des voies ferrées, ça va être « plus compliqué » et que le paysage est désormais plus encombré. Ce qui lui plait ici ? « Le côté sauvage, pas trop bétonné », dit-il en démêlant le fil de sa canne à pêche. « Et puis ça mord par ici ! », ajoute-t-il, pointant fièrement deux daurades dans un seau.

Mais l’image du pêcheur du dimanche, heureux de venir lancer sa canne dans l’étang de Thau est vite brisée par une canette de coca, des bouteilles de bière et des mégots de cigarette et autres détritus, qui décorent tristement les marais salants.

Dans les salins, les détritus © Marguerite de Becdelièvre

 Jean-Michel raconte alors comment un matin, il a découvert un jeune, visiblement alcoolisé, allongé à quelques mètres de son scooter. Au moment d’appeler les pompiers, un autre adolescent est sorti des buissons et lui a demandé de partir. « Ils avaient sûrement picolé la veille. Le problème, c’est que les gens viennent ici pour boire un coup mais ne respectent rien. C’est quand même pas très compliqué de tout mettre dans un sac mais ils n’ont pas le réflexe », regrette-t-il.

Pan ! Pan ! Pan ! Des bruits de balles coupent la discussion. La société de tir du bassin de Thau a son local tout près des Salins. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Alors, en estimant que le bruit des trains, les détonations du stand de tir de la police, les travaux du quartier et le ronronnement des voitures constituent une douce mélodie. Oui, la Route des quatre chansons porte bien son nom.

MARGUERITE DE BECDELIEVRE