Un tireur sous-exposé

Alexandre Ollier, tireur du festival ImageSingulières
Alexandre Ollier, tireur du festival ImageSingulières © Shannon Aouatah

Si les expositions ont du succès, elles sont aussi le fait d’hommes et de femmes qui agissent dans l’ombre. Alexandre Ollier est tireur d’expositions. Un poste méconnu mais néanmoins crucial.

L’homme ne passe pas inaperçu. Barbe fournie, béret sur la tête, bras recouverts de tatouages, cigarette greffée à la main. Dans la foule des visiteurs du festival, Alexandre semble enfin se détendre. Il est celui qui a tiré la quasi totalité des 500 photographies présentées dans les expositions de cette édition d’ImageSingulières. Un travail de titan. « Ça n’a pas été de tout repos », reconnaît-il, mais le tireur semble satisfait du rendu de son travail.

L’aboutissement d’une passion qui l’anime depuis dix ans. Après un cursus à l’école de photographie de Toulouse, Alexandre se lance dans la photographie en indépendant. Une activité peu rentable qui le pousse à rentrer au laboratoire Photon. À la fois pour combler ses fins de mois, mais aussi pour continuer à se former. Il y restera trois ans, et y découvrira un autre pan de son métier. « C’est une autre approche de la photographie, plus technique, mais en réalité indissociable ». Sur les conseils d’un ancien professeur de l’école, Pierre Barbot, il intègre ensuite la MiD (Maison de l’Image Documentaire) à Sète. Cet espace, un des six lieux d’expositions du festival, mais aussi un de ses coeurs vibrants, est le lieu où sont réalisés tous les tirages.  

Travail d’orfèvre

Ici, il n’y a pas de place pour l’improvisation. « Il faut garder le sens du message porté par le photographe », raconte Alexandre. Chaque tirage est conçu en fonction de « ce que l’on veut montrer aux visiteurs ». Tout doit être cohérent : la taille, le type de papier, le cadre… Ce travail nécessite un oeil aiguisé et beaucoup de patience.

Comment sont tirées les expositions ?

Il faut dans un premier temps réaliser des « épreuves », des tirages d’étape avant l’impression définitive, et en discuter avec les photographes, auteurs de ces travaux. Parfois, cela n’a pas été possible. « Pour l’exposition de Denis Dailleux par exemple, ça a été plus compliqué ». Le photographe étant absent, Alexandre a dû s’imprégner de son oeuvre. « J’ai beaucoup traîné dans ses archives, sur son site internet. » Stressé ? Le tireur ne l’était « pas vraiment… ». Avant de se ressaisir et d’admettre qu’il l’était « certainement en fait ! ». Pour Alexandre, l’appréciation de son travail se mesure à la satisfaction des photographes. « Et il paraît même qu’au final, ça leur a plu… ».  

Mais le travail d’Alexandre ne se limite pas qu’aux tirages. Passionné, pointilleux, perfectionniste, il porte son exigence jusqu’à superviser l’accrochage et la mise en valeur des photographies. C’est désormais chose faite. Le tireur se détend. Il souffle sa bouffée de cigarette comme un soupir de soulagement. Demain, il repartira pour Toulouse. Quant aux photos, elles rejoindront les archives de la MiD, à la fin du festival.

MARIE-STÉPHANIE SERVOS