Raphaël Helle : « Faire exister cette France que l’on ne voit pas »

Le photographe Raphaël Helle, lors du festival ImageSingulières. ©Grégoire Mérot

À travers « La France vue d’ici », projet mené en partenariat entre Mediapart et ImageSingulières, Raphaël Helle rend visible une France trop méconnue à son sens. Celle des usines qui subit de plein fouet la mondialisation.

Quelle France avez-vous voulu montrer à travers votre participation à « La France vue d’ici » ?

La France périurbaine, celle de la désindustrialisation et des conséquences qu’elle implique comme le dépeuplement rural et la montée du Front national. La France populaire, surtout, en ayant conscience que j’en fais partie. Le peuple, c’est nous, je me compte dedans en tant que photographe, je trime aussi.

Cette facette du pays, c’est celle des ouvriers confrontés à la mondialisation. Voilà la France que j’ai voulu raconter. C’est pour cela que j’ai commencé ce travail avec l’usine Peugeot, passée de 42 000 à 10 000 ouvriers.

Etes-vous satisfait du rendu final et du projet global ?

Je pense que ma plus grande source de satisfaction est d’avoir retrouvé Fred le punk et ses collègues au vernissage de l’exposition, de voir qu’ils se sentent impliqués.

J’ai senti aussi que ce travail allait plus loin qu’un simple projet. Il a du sens, un vrai fil directeur conduit par une ligne éditoriale commune.  Nous avons pu faire exister cette France que l’on ne voit pas. C’est ce que je cherchais. Lorsque j’ai présenté ce travail à Audincourt et à Besançon, je l’ai relié au projet global. De cette manière, les ouvriers de PSA sont conscients de faire partie de cette France que l’on a voulu représenter globalement. Et ça, ça me plaît bien. Les gens que je photographie participent à l’aventure. Ce n’est pas juste le regard d’un mec qui reste à distance. Je sais aussi que ces personnes s’intéressent aux autres travaux de « La France vue d’ici ». Ça a connecté différents bouts de France qui ne se voient pas forcément…

La Peuge © Raphaël Helle – Signatures

Vous avez choisi la photo de Fred le  punk pour représenter votre travail ? En quoi est-elle emblématique de votre projet ?

Parce qu’elle représente la France des usines que j’ai voulu montrer. Celle des gens qui travaillent mais restent précaires. On y rencontre des personnalités très fortes. Avec Fred et sa crête rouge, par exemple, que l’on retrouve dans tous les concerts punks de la région. C’est une véritable figure dans le milieu ! Je pense que c’est un manière pour eux de se trouver des espaces de liberté.

Cette photo a été reprise partout. J’en suis satisfait, bien sûr, mais ce qui m’a rendu le plus content a été de la retrouver en une d’une publication de la CGT, avec en titre « Qui sont les prolos aujourd’hui ? ». Et c’est justement à ça que j’ai voulu répondre. C’est une vraie reconnaissance de mon travail.

Parlez-nous d’un moment marquant que vous avez vécu en réalisant ce projet…

Je me souviens de Pascaline, la Réunionnaise que j’ai photographiée. Elle vient au vernissage de l’expo à Audincourt et se retrouve à faire une interview pour la télé devant sa photo. Elle raconte sa vie d’ouvrière et sa vidéo commence alors à circuler… Elle a maintenant été vue plus de 15 000 fois ! Quelque part, elle est devenue visible. C’est la conséquence directe de ce projet. Mais des histoires comme ça j’en ai à la pelle…

PROPOS RECUEILLIS PAR GRÉGOIRE MÉROT