Patrice Terraz expose sa « Mauvaise réputation »

Patrice Terraz expose deux séries de photographies au Festival ImageSingulères © Maxime BARON / ESJ Montpellier

Dans “Mauvaise réputation”, George Brassens chantait : « Non les brav’s gens n’aiment pas que… l’on suive une autre route qu’eux ». Dans le cadre de La France vue d’ici, Patrice Terraz dévoile le décalage entre la mauvaise réputation d’un lycée professionnel des Pyrénées-Orientales et la réalité. Entretien.

Patrice Terraz*, quelle France présentez-vous dans votre série « Mauvaise réputation » ?

Dans la région, le lycée professionnel du bâtiment Alfred Sauvy, à Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales), a mauvaise réputation. Ça m’intéressait de voir ça de plus près car souvent, il y a une grosse différence entre la réputation et la réalité. De manière générale, on a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas. C’est pour cela que des personnes se retrouvent stigmatisées… Le fait de s’intéresser à eux permet de mieux les connaître. En les côtoyant, on a une meilleure image d’eux. Dès lors, le but de mon immersion était de combattre les clichés et les préjugés de cet établissement.

© Patrice Terraz / Signatures / La France vue d’ici / La mauvaise réputation

En quoi cette image est-elle emblématique du travail que vous avez réalisé ?

Voir deux jeunes réaliser un morpion dans une brouette, en cours de maçonnerie. C’est assez emblématique de la situation… La plupart des élèves sont là contre leur gré. Ils ne sont pas les meilleurs en cours. Ils ont été redirigés vers la filière pro. Alors qu’ils souhaitaient être en mécanique ou en coiffure, ils se retrouvent à faire de la maçonnerie. Vu que ce n’est pas une discipline qu’ils ont choisie, ils ne sont pas motivés. Les gars s’ennuient fortement… A la moindre occasion, ils cherchent donc une échappatoire. Cette scène est surréaliste, je n’osais pas l’imaginer !

Malgré cette mauvaise réputation qui leur colle à la peau, une certaine tendresse se dégage… Quel souvenir gardez-vous de votre expérience ?

Ces minots, qu’on prend pour des voyous, ne sont ni plus cons ni plus méchants que les autres. Je garde en souvenir les deux journées passées à la montagne avec la classe de maçonnerie (la plus difficile à tenir de l’établissement). On a fait une randonnée dans la nuit jusqu’à un sommet afin de rejoindre le refuge. Le lien qui s’est noué entre les profs et les élèves m’a marqué. Deux jours comme ceux-là changent les rapports d’autorité. Les élèves s’aperçoivent que les professeurs sont des humains comme les autres…

Êtes-vous satisfait du rendu final « La France vue d’ici » ?

Oui. Je trouve que le rendu est imposant, les images et la scénographie sont au rendez-vous. L’exposition à la Maison des métallos, à Paris, était intéressante. Mais là, à Sète, on a une meilleure vision d’ensemble !

Maxime BARON

* Patrice Terraz expose également une série de photographie, intitulée « Regard kanak », aux Entrepôts Larosa.