Pascal Dolémieux, le joueur

Pascal Dolémieux lors de l'accrochage de l'exposition "Il était une fois la réalité" © Adrien Crochet
Pascal Dolémieux lors de l’accrochage de l’exposition « Il était une fois la réalité »
© Adrien Crochet

Pour cette édition d’ImageSingulières, Pascal Dolémieux  expose Il était une fois la réalité. Une série composée de photographies récentes prises en Corse et plus anciennes réalisées sur le continent. Cet homme, au parcours atypique, affiche son désir de liberté et son amour pour le jeu photographique, qui l’ont guidé tout au long de sa carrière.

Photographe star dans les années 1980, Pascal Dolémieux n’a pas suivi le chemin que le destin lui avait tracé. Sa carrière, il l’a construite au gré de ses envies, de ses passions, mais toujours en jouant. Au point de ne pas rester dans le même média très longtemps. Passé par la rédaction de Libération dans les années 1980, il a ensuite participé à la création de l’agence VU’ avant de fonder le collectif Métis, puis a travaillé de manière indépendante, au gré de ses envies et de ses inspirations. « Il a le parcours de quelqu’un de libre, confie Christian Caujolle, le fondateur de l’agence VU’. Très aléatoire, mais en accord avec sa façon de regarder et de vivre. » Une chance que l’intéressé reconnaît volontiers : « Je me suis laissé porter par le boulot. Je fais partie des photographes qui n’ont pas galérés ».

A 63 ans, l’homme aux cheveux blancs, à la silhouette fine et aux yeux bleus pétillants, qui hypnotiserait presque ses interlocuteurs, est à l’aube d’un nouveau chapitre de sa vie. Parisien, il a tout quitté, il y a onze ans, pour vivre sur l’Île de beauté. « Ma femme est d’origine corse. C’était un choix familial. » Récemment séparé, il se prépare à rentrer sur le continent, sans projet vraiment défini : « J’aimerais bien être nomade. Enfin non, pas vraiment nomade, mais pouvoir habiter dans plusieurs endroits différents. » Un peu l’histoire de sa vie, en fait.

Des prix prestigieux dans sa jeunesse

La photographie, il y est arrivé par hasard, dans les années 1970. « J’avais un ami qui bossait dans un laboratoire de photos. Un jour, il m’en a montré une, qui m’a fait tilt ! » Sur ce cliché, il se souvient de trois femmes, qui avaient les bras levés. « Cela m’a rappelé les images pieuses de mon enfance, celles des missels quand on allait à la messe. Je me suis dit : tiens, on peut faire ça en vrai ! » Et pourtant, rien ne le prédestinait à cette activité : il avait suivi des études de sciences économiques et d’anglais. Très vite, il s’est montré doué avec un objectif et a obtenu des récompenses prestigieuses. Dont le prix Niépce, en 1981. Une consécration rare pour un trentenaire.

Pour autant, l’homme reste simple et humble : « Je suis dans un phénomène de légèreté, je ne veux pas sacraliser mon travail ». Ce qui se ressent à son contact. Gilles Favier, directeur artistique d’ImageSingulières, l’un de ses amis, l’explique : « Pascal n’est pas dans la concurrence ». On peut même dire qu’il est dans la pédagogie.

« Ni juge, ni témoin »

Passionnant et passionné, il parle de l’évolution de son travail avec un recul déstabilisant : « C’est moi qui l’ai fait évoluer. Au début, je ne faisais pas de mise en scène. » A cette époque, ses photos, en noir et blanc, étaient le reflet de la réalité. « Je n’étais ni juge, ni témoin. » Le résultat de ce parti pris est empreint d’une certaine nostalgie et s’inscrit dans le mouvement du réalisme poétique. « Je ne suis pas seulement nostalgique, temporise le photographe. Il y a toujours une certaine mélancolie dans mon travail, mais il y a aussi de l’humour, de l’ironie et du décalage. »

© Pascal Dolémieux

Christian Caujolle, qui a travaillé avec lui, reconnaît : « Pascal est un poète de l’image. Il est capable de s’approprier les petites choses qui existent autour de nous et de les sublimer. » Puis, celui qui se définit comme un joueur a commencé à mettre en scène ses productions. « J’ai joué en allant jusqu’à créer des situations. Je suis allé vers plus de fabrication consciente. » Les genres photographiques, il les a tous explorés. De la photographie culturelle en passant par le photojournalisme et la photographie documentaire. Pour finalement décider de jouer avec la réalité, et rajouter quelque chose au monde actuel.

Une évolution dans la captation de l’image

Les conventions, très peu pour lui. C’est ce qu’il reproche aux photographes d’aujourd’hui : « Je trouve qu’il y a un formatage. C’est un peu une paresse intellectuelle des photographes qui ne font qu’appliquer une recette bien définie. La nature de l’art a sans doute changé lorsqu’on a commencé à fabriquer des cadres avant les œuvres. »

Sa photographie aussi a évolué. « Quand il y a eu le passage au numérique, j’ai sauté les deux pieds dedans », s’amuse Pascal Dolémieux. Aujourd’hui, il va même jusqu’à exposer des photos prises à l’aide d’un Iphone. De quoi lui laisser de belles perspectives pour son retour sur le continent.

ADRIEN CROCHET

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