Pablo Baquedano fige « Les Ardennes » dans le temps

Pablo Baquedano ©Pablo Baquedano

À peine sorti de l’école de photographie de Toulouse, Pablo Baquedano se met en route pour son premier projet. Il va s’immerger dans un recoin de la France, les Ardennes. Comme dans un reportage, il fait témoigner les personnages qu’il rencontre. Son travail en noir et blanc renforce l’impression d’une région « hors du temps ».

Quelle France dévoilez-vous dans votre série sur « Les Ardennes » ?

Quand je suis parti dans cette région, je n’y avais jamais mis les pieds et je me suis d’abord laissé porter. J’ai eu l’impression d’avoir voyagé car cette région est très différente de chez moi à Toulouse. J’ai pas mal traîné dans les industries frappées par la crise : les forges et les fonderies. Leurs machines sont monumentales et impressionnantes. Je ne suis pas sûr que chez Airbus, les portes se seraient ouvertes aussi facilement. On m’aurait dit : « Tu ne dépasses pas la ligne ». Dans les Ardennes, ils sont à la cool, ils m’ont fait confiance.

Série « Les Ardennes » pour le projet La France vue d’ici © Pablo Baquedano

Est-ce que l’image du bar résume l’âme de votre projet ?

Cette photo me tient à cœur et je suis content qu’elle soit mise en avant sur le site web du festival. Il s’agit du petit bistro qui se trouvait juste à côté de chez Jean-Paul, le père d’un bénévole d’ImageSingulières qui m’a hébergé. Quand je finissais mes journées, j’allais toujours y boire une bière. Dans ce lieu, toutes les générations se retrouvent. On peut fumer à l’intérieur, jouer au billard, le tout jusqu’à pas d’heure. Ce lieu est vraiment hors du temps, comme cette région où rien ne change. J’y suis retourné la saison d’après et il y avait toujours les mêmes personnes.

Cette série vous évoque donc de bons souvenirs…

Arnaud, un Ardennais avec qui le photographe s’est lié d’amitié © Pablo Baquedano

Je me rappellerai surtout des personnages qui m’ont marqué. Les Ardennais sont rustres au premier abord mais ils sont accueillants, ils donnent beaucoup. Comme Arnaud qui est incroyable, qui s’est mis à nu sans complexe dans cette image. Il m’a invité à sa table et j’ai eu l’impression de me faire un ami. Je pense aussi à Hervé, un sculpteur. Au départ, je devais juste faire son portrait, et finalement, j’y ai passé la journée, sans compter les heures.

Après trois ans à travailler sur La France vue d’ici, êtes-vous satisfait ?

Je suis content de la restitution, de ce qui a été fait pour l’exposition. Je trouve très beau le livre. C’est mon premier grand projet en sortant de l’école et ça m’a ouvert énormément de portes. Les membres de l’équipe du festival ont toujours été présents.Quand j’étais en reportage et que j’avais des doutes, je pouvais les appeler à n’importe quelle heure. Je trouve que mes photos s’inscrivent bien dans la France vue d’ici. L’ensemble marche bien, il y a des univers et on se laisse emmener. Après comme dit Gilles Favier, ça ne peut jamais vraiment être parfait.

Anaïs VAUGON

*Les oeuvres de Pablo Baquedano sont aussi visibles à l’ancien collège Victor-Hugo dans l’exposition collective Jeunes Générations autour des night clubs.