Marie-Noëlle Boutin,
l’attrait de la jeunesse

Marie-Noëlle Boutin © Marguerite de Becdelièvre

Les photographies de la Bruxelloise ont trouvé écho entre les murs de l’ancien collège Victor-Hugo de Sète. Marie-Noëlle Boutin expose pour ImageSingulières ses clichés du lycée agricole d’une ville du Pas-de-Calais. Ils s’intègrent parfaitement dans la mission « Jeunes-Générations », portée par le ministère de la Culture.

Elle fait des adolescents une de ses plus grandes forces. Et fait de leur faiblesse une priorité. Déjà six ans que Marie-Noëlle Boutin a déclaré la guerre aux clichés sur les jeunes, ces adolescents en quête d’identité et qui ont du mal à accepter leur propre image. Alors, cap vers les Hauts-de-France, la ville de Radinghem, pour un reportage un peu spécial. C’est là-bas qu’elle a installé, pendant plusieurs jours, sa chambre photographique. Car si la jeunesse est là, Marie-Noëlle Boutin use de l’ancien pour prendre ses photos. Car si le numérique est là, sa chambre photographique, elle, n’abdique pas.

© Marie-Noëlle Boutin / Cnap

Elle lui permet de prendre le temps. Son temps. « Je suis derrière mon appareil, et je construis mon image. C’est un lien privilégié qui se développe alors avec celui qui est photographié », raconte Marie-Noëlle Boutin.

C’est en pointant son objectif sur Hugo, Cyril, Hugues ou encore Samantha, tous élèves, qu’elle s’est emparée de ce lieu unique : le lycée agricole de cette commune d’à peine 300 habitants. Ses photos mettent en avant des jeunes aux métiers futurs « qui ne font pas rêver », dit-elle, mais qui ont le mérite. Le mérite de vouloir réussir. Réussir malgré les difficultés et aléas de leur future profession. « Ils poursuivent leurs rêves d’enfant : s’occuper des animaux, conduire le tracteur, être en contact avec la nature ; même s’ils savent que la réalité du métier est difficile aujourd’hui. »

En Algérie, « une volonté de contrôle permanent »

C’est à 15 ans que Marie-Noëlle Boutin se prend de passion pour la photographie. Ses parents ? Ses grands-parents ? Personne n’est du métier. C’est juste elle, toute seule. Elle part en résidence dans différents pays. Le Sénégal en 2003, puis le Bénin, la Palestine, l’Irlande et Israël. La Chine aussi, en 2007. Elle y réalise alors un travail sur la standardisation des modes de vie. Mais depuis 2011, ses photos ont un goût d’autre chose. Elle se lance donc dans une série qui lui tient à cœur, intitulée Territoires de jeunesse. Objectif : montrer les jeunes dans leur élément, « les décomplexer et révéler leur personnalité à travers des attitudes, des gestes ». Surtout, elle veut comparer leur mode de vie. « La vraie question était de savoir si oui ou non, les enfants du Nord de la France ont les mêmes occupations, rythmes de vie que ceux d’autres régions, pays. »

Ce désir de découverte la mène alors à Annaba. Mais la quatrième ville d’Algérie lui donne du fil à retordre. Pour la première fois, elle se sent étouffée, épiée, « comme ce que ressentent les jeunes là-bas ». Plusieurs fois, elle est arrêtée par les autorités, qui repèrent facilement son appareil, « et qui ont cette volonté de contrôle permanent ». Alors, deux, trois fois, c’est en prison qu’elle passera quelques heures. À se justifier. Finalement, c’est hors de la ville qu’elle mènera son projet. Et trouvera finalement son « havre de paix » à l’Université Badji Mokhtar à Sidi Amar.

Dans cette banlieue d’Annaba, les jeunes sont plus libérés. Preuve à l’appui : ce livre-photo* qu’elle a réalisé. Elle pointe alors la photo de ce couple, une des plus parlantes. « Ils profitent de ces lieux pour être eux-mêmes, ce qu’ils ne peuvent pas faire en plein cœur de la ville. Ils ont cette volonté de montrer qui ils sont réellement. » Elle retournera une nouvelle fois à Annaba, quelques jours plus tard. Mais là encore, elle se confrontera aux mêmes difficultés. Un voyage, parfois, au goût un peu amer.

Demain, Marie-Noëlle Boutin retournera au lycée agricole de Randinghem. Pour tenter d’y réaliser un documentaire cette fois. Alors, tournez jeunesse.

MARGUERITE DE BECDELIEVRE

* « Annaba », Edition Arp Eds.