Géraldine Millo,
« A 15 ans, on est souvent beaucoup plus drôle qu’à 40 »

Géraldine Millo © Pierre Le Gall

Pendant six ans, la photographe Géraldine Millo a suivi des adolescents un peu partout dans l’Hexagone au cours de leur formation professionnelle. Une jeunesse insuffisamment mise en valeur selon elle.

Quelle France voulez-vous montrer dans La France vue d’ici ?

Je travaille sur toute une partie de la jeunesse française qui n’est pas forcément représentée. Ce ne sont pas les banlieues rebelles dont on entend parler, même si elles se passeraient bien que l’on en parle comme cela. Mon travail cherche à montrer que cette jeunesse cherche à apprendre et à se construire dans ce que les institutions leur donnent. Ce n’est pas une vision négative de ces jeunes mais plutôt une vision critique des institutions.

Les héritiers © Géraldine Millo

En quoi la photo des jeunes alignés en combinaison de plongée est-elle représentative de votre travail ?

Elle est représentative d’une partie de mon travail. Là, je pense qu’il y a une dimension un peu absurde. A 15 ans, on est souvent beaucoup plus drôle qu’à 40. Les voir tous alignés comme des teletubbies reflète bien cet état d’esprit. Ils sont décalés, ils aiment se vanner, au point de se trouver complètement crétins. Je pense que j’ai choisi cette approche pour compenser des boulots qui étaient plus noirs.

A travers ce travail, quel souvenir vous a le plus marqué ?

De tous les univers professionnels que j’ai couvert, celui de la pêche m’a le plus impressionné. C’était complètement dingue pour moi de me retrouver sur un bateau, pêcher la coquille Saint-Jacques et d’être la seule fille parmi tous ces gars. Je suis même allée suivre un jeune sur une frégate de la Marine Nationale pendant trois jours en n’étant qu’avec des militaires. Je n’ai qu’une formation de photographe. Avec eux, j’ai eu plein de formations.

Etes-vous satisfaite du projet global ?

Je trouve qu’ils ont vraiment fait un boulot titanesque pour les expositions. Les entrepôts et les containers dans lesquels les travaux sont présentés rendent bien cette idée de chantier. C’est comme si on rentrait dans le laboratoire de « La France vue d’ici ». Cela pourrait presque être mon atelier avec les images aux murs en attente.

Recueilli par PIERRE LE GALL

*Les oeuvres de Géraldine Millo sont aussi visibles à l’ancien collège Victor-Hugo dans l’exposition Les Vestales.