Joseph Gobin, la France vue d’ailleurs

Joseph Gobin a réalisé plus de 9 000 kilomètres afin de se rendre au Festival. © Maxime Baron / ESJ Montpellier

Six mois après être parti vivre au Vietnam, Joseph Gobin (25 ans) signe son retour en France. L’espace d’un instant. A Sète, le jeune homme honore sa série photographique, sur la transmission, au sein du projet La France vue d’ici. Demain, il repartira « se construire » humainement et professionnellement à Hanoï.

« Je suis revenu en France pour le festival. » D’emblée, Joseph Gobin joue carte sur table. A seulement vingt-cinq ans, il sait qu’il n’est pas le photographe le plus connu et le plus attendu cette semaine à Sète. Qu’importe, le jeune homme n’oublie pas d’où il vient.

Après un voyage de plus de 9 000 kilomètres, depuis Hanoï (Vietnam), Joseph Gobin est arrivé à bon port, à Sète. Chemise bleue, jean noir, il débarque aux Entrepôts Larosa. Avec une allure de jeune homme en représentation. Et les yeux frétillants. Dans une heure, il doit prendre part au vernissage de sa série photographique.

Avant d’effectuer la visite, Joseph Gobin tient à découvrir le rendu de son exposition. Il observe, pointe du doigt et livre ses premières impressions. « Mon travail repose sur la transmission », indique-t-il à une observatrice. Deux autres dames les rejoignent. L’échange se poursuit. Le grand public pose enfin un visage sur son nom. Joseph sourit.

A Sète, des visiteuses ont pu échanger avec le jeune photographe. © Maxime Baron / ESJ Montpellier

Lauréat du prix Le Monde-Académie

Pourtant, Joseph Gobin est loin d’être un illustre inconnu. Dès la sortie du collège, le jeune garçon se montre intéressé par le monde de la photo. « Pendant plusieurs années, mon père m’a laissé shooter les deux dernières photos de chacune de ses pellicules de son Minolta. C’était sacré et excitant ! » Il décide donc de réaliser un CAP puis un Bac pro à la Société d’Enseignement Professionnel du Rhône (SEPR), à Lyon. Très vite, les premières commandes de pros arrivent. Son regard attire l’attention.

En 2012, il est sélectionné afin de participer au Monde Académie. Un projet qui vise à ouvrir les portes de la rédaction à quelques jeunes, puis de les former et enfin de les faire rédiger des sujets. Au terme de l’année de formation, Joseph Gobin remporte le prix EDF/Le Monde. « Là-bas, j’ai découvert que je pouvais raconter des histoires et me détacher de la technique. Ça a été une super reconnaissance et ça a marqué un élan à ma réflexion personnelle et ma carrière aussi, on peut le dire. »

« La photo est un super alibi pour voyager »

Avec la bourse de son prix, le Lozérien est parti au Canada. Sur un coup de tête. « Je m’intéressais aux Premières Nations et j’ai perçu l’opportunité de suivre en reportage les opposants au gaz de schiste, qui campent à Kouchibouguac (Est du Canada). » Dans l’actualité ? « Non, répond Joseph. Je ne me vois pas couvrir de l’actu. Pour moi, il faut savoir prendre le temps et savoir ce que tu photographies. »

La réflexion sur ce qui l’entoure et la manière dont il souhaite témoigner, voilà ce qui le guide. « La photo est un super alibi pour voyager partout dans le monde et rencontrer des gens. » En 2014, il s’envole pour le Vietnam. « J’y suis parti pour grandir sur le plan personnel et professionnel. La transmission, mon thème de recherche, est une des questions actuelles dans ce pays d’Asie du Sud-Est, avec la passation de générations. »

« A Paris, j’étais confronté au RSI »

Pour une raison affective, il est contraint de rentrer en France six mois plus tard. En manque de repères, il se tourne alors vers le cadre d’un ancien reportage. Il réalise un sujet au lycée hôtelier Savoie-Léman, la plus ancienne école hôtelière publique de France. Une série qu’il décide d’envoyer à « la France vue d’ici », un projet qui défend la photographie documentaire. « C’est tout simplement le collectif où il faut être ! »

Malheureusement, la situation financière s’avère compliqué pour Joseph. « J’étais confronté au RSI et je vivais dans une sous-location à Paris, confie le jeune homme. Je n’avais pas envie de galérer jusqu’à mes 40 ans et stagner. Je voulais vivre tout simplement ! » Dès lors, il décide de repartir au Vietnam en fin d’année dernière. Le Lozérien veut gagner en maturité.

« Ma place n’est pas en France, c’est trop tôt »

Aujourd’hui, il occupe à Hanoï le poste d’assistant pour un photographe en publicité. Son train de vie lui permet de réaliser les shootings qu’il souhaite. « Peu de photographes ont ce luxe », glisse Joseph Corbin. Il compte désormais gagner en notoriété, créer sa propre identité avec une photo plus libre. Avant de rentrer au pays ? « Au fond de moi, je garde une petite flamme patriote. Je reste persuadé qu’il y a des choses à faire mais, pour l’instant, ma place n’est pas en France, c’est trop tôt. »

Parti par la petite porte, Joseph a pu constater sur ce festival que le grand public était prêt à l’attendre. Et à le retrouver, les bras grands ouverts.

Maxime BARON